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Jeudi 11 octobre 2007

L'ancien premier ministre français Dominique de Villepin a affirmé lundi soir qu'il ne fallait pas «donner de mauvais signaux à l'administration Bush» et que le rôle de la France était de «défendre une solution de paix» dans le dossier iranien, après les déclarations du chef de la diplomatie française.

«Je crois qu'il faut éviter dans cette période de donner de mauvais signaux à l'administration Bush. Elle n'a pas besoin de nous pour pour être encouragée plus avant vers la guerre», a estimé M. de Villepin, sur la chaine de télévision France 3.

«Au contraire la France doit jouer tout son rôle pour défendre une solution de paix. Il faut obliger les États unis à accepter de s'avancer vers une véritable négociation (...) Il faut qu'ils acceptent de se battre pour la paix», a-t-il dit.

«N'encourageons pas l'administration Bush à faire ce qu'elle a déjà fait (en Irak). Elle a commis non seulement une erreur mais une faute et la France est là justement pour défendre cette exigence de paix concrètement en apportant sa connaissance de l'Iran», a ajouté M. de Villepin.

L'ancien premier ministre réagissait aux propos du ministre des affaires étrangères Bernard Kouchner qui a averti dimanche que le monde devait se «préparer au pire», c'est-à-dire à la «guerre» avec l'Iran, si des sanctions se révélaient insuffisantes pour convaincre Téhéran de suspendre son programme nucléaire.

Les États-Unis se sont félicités lundi des propos de M. Kouchner sur l'éventualité d'une guerre contre l'Iran, mais ont réaffirmé privilégier l'option diplomatique.

Source: Agence France-Presse

par villepiniste publié dans : internationalement-villepin
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Vendredi 23 mars 2007

Discours du Premier ministre Dominique de VILLEPIN, intervention du professeur Stanley Hoffman et séances de questions-réponses

 

 

Allocution lors de la visite de la Kennedy School of Government

 

Avant toute chose, permettez-moi de remercier l’université de Harvard, la "Kennedy School of Government" et le "Minda de Gunsburg Center for European Studies" pour leur accueil aujourd’hui. Tout à l’heure, j’ai eu le plaisir de m’entretenir avec le doyen Ellwood et le professeur Joe Nye. Je voudrais également remercier Mary Jo Bane, doyenne de la Kennedy School.

Je tiens aussi à saluer très chaleureusement les directeurs du "Center for European Studies" et bien sûr, son fondateur, mon très bon ami le Professeur Stanley Hoffmann que je remercie pour ses propos amicaux. Et je dois dire que l’un de mes vœux les plus chers serait de rester quelques semaines de plus afin d’être sûr de pouvoir assister à ses cours sur Camus, l’un de mes auteurs favoris. Vous ne mesurez pas la chance que vous avez : soyez sûrs d’aller l’écouter.

Je voudrais aussi rendre hommage aux professeurs de Harvard qui sont parmi nous aujourd’hui et aux étudiants à qui ce Forum est destiné.

Tous ici, nous savons que nous sommes à un tournant majeur dans l’évolution de notre planète.

En quelques années, nous avons changé de monde. La mondialisation a profondément bouleversé les grands équilibres internationaux. C’est pour nous tous un formidable défi : c’est un risque mais aussi une opportunité.

Si nous voulons garder la maîtrise de ces changements, nous devons mieux les analyser, mieux les comprendre ensemble. C’est ce que je vous propose aujourd’hui : laissons de côté nos certitudes, regardons le monde tel qu’il est, et avançons ensemble vers plus de justice et de paix.

Au cours de moments difficiles, quand on ne sait pas où aller, je pense qu’il est très important de prendre du recul et de regarder les choses avec une perspective différente. Je me souviens quand j’avais l’âge de la plupart d’entre vous, un peu plus de vingt ans, en 1975, je venais de terminer mes études en sciences politiques à Paris, et j’étais hésitant sur la voie à choisir. J’ai alors demandé à mon père, et il m’a dit : "Je pense que la meilleure chose que tu puisses faire est d’aller à Harvard" [rires], puis il ajouta quelque chose. Il m’a dit : "Voici un billet. Tu es intéressé par les relations internationales. Va en Asie du Sud".

C’était la fin de la guerre du Vietnam, c’était le retrait des soldats américains du Vietnam, et il m’a dit : "Vas-y, découvre les pays, rencontre les gens, tu auras une meilleure idée de ce qu’est le monde". Donc j’y suis allé et j’ai découvert que très peu de gens savaient que de Gaulle avait prononcé un discours en 1966, le discours de Phnom Penh. Tout le monde avait oublié ce qu’il avait dit à cette époque. Et vingt ans après nous, les Américains faisaient exactement la même erreur que celle que nous avions commise, exactement la même. Je me suis alors dit : "je vais devenir diplomate de carrière". Je ne suis donc jamais venu ici. C’est donc pour moi un très, très grand plaisir d’être ici aujourd’hui, parce que je pense que, peut-être, ensemble, nous ne ferons pas deux fois la même erreur.

1. L’absence d’ordre mondial, voilà la vraie menace.

Il ne faut pas seulement prendre en considération les crises du monde, qui sont certes nombreuses, mais il faut aussi s’intéresser au système international et mondial, car il est plus facile de changer le système que de changer le comportement de chacun des acteurs du système. Hier nous avions deux grands blocs d’influence, l’Ouest et l’Est. Nous avions deux superpuissances, les Etats-Unis et l’Union soviétique. Le point d’équilibre des rapports de force pouvait être instable et dangereux, mais il existait. Aujourd’hui ce point d’équilibre n’existe plus. Le centre a disparu.

Dans le monde actuel, rien n’organise le désordre de la planète.

Certes, il existe des institutions multilatérales. Mais elles ne parviennent pas à jouer leur rôle pour la mise en place d’une véritable gouvernance mondiale. L’engagement des Etats dans ces institutions n’est pas toujours à la hauteur des enjeux. Les décisions unilatérales remettent en cause leur légitimité. Pourtant, ne nous y trompons pas, la somme des intérêts particuliers ne fait pas l’intérêt général. La légitimité du multilatéralisme se construira par les Etats, au nom de valeurs qui nous dépassent.

C’est vrai, certains pays ont plus d’influence que d’autres. Mais aucun ne peut aujourd’hui imposer seul un nouvel ordre mondial.

Est-ce que les Etats-Unis ne peuvent pas malgré tout jouer ce rôle ? Ils restent effectivement la première puissance, ils sont seuls à en posséder tous les attributs : la force militaire, la puissance économique, la capacité d’innovation technologique, la force d’attraction de leur mode vie. Ils ont su aussi, tout au long du XXe siècle, construire un modèle économique et culturel, bâtir un idéal de modernité qui a forcé l’admiration de tous les autres peuples. Vous avez été pour nous le camp de la liberté. Vous avez été les garants du respect de l’homme. Et à titre personnel, je veux vous dire, moi qui ai habité aux Etats-Unis, moi qui aime votre pays, l’Amérique reste un rêve pour beaucoup de peuples dans le monde.

Maintenant, regardons les chose lucidement : la guerre en Irak a marqué un tournant. Elle a brisé l’image de l’Amérique. Elle a détérioré celle de l’Occident tout entier. Il est temps aujourd’hui que les Etats-Unis et l’Europe regagnent ensemble le respect et l’admiration des autres peuples.

Le désordre mondial est aggravé par un sentiment d’injustice profond.

Notre monde connaît des progrès techniques sans précédent. Il crée toujours plus de richesses. Il offre plus d’opportunités que jamais. C’est une chance pour tous ceux, pays, peuples, entreprises, individus, qui ont les atouts nécessaires pour tirer profit de ces bouleversements.

Mais pour beaucoup d’autres, cette évolution veut dire inégalités croissantes, nouveaux risques et peurs accrues.

Ces peurs, elles existent en Europe, et notamment en France, où certains redoutent une remise en cause de notre modèle de justice sociale.

En matière de droits sociaux, en matière de normes juridiques, la mondialisation n’a pas engendré de rapprochement des règles : la concurrence se fait à l’échelle mondiale, mais à armes inégales. Les nouveaux équilibres commerciaux engendrent des délocalisations et mettent en danger les acquis sociaux des pays développés.

Ces risques frappent d’abord les plus faibles, ceux qui n’ont pas d’éducation, pas de qualification, ceux qui n’ont aucun accès à la culture du monde. Je veux le dire devant vous qui êtes l’élite de l’éducation mondiale. Vous avez une responsabilité envers tous ceux qui n’ont pas eu votre chance. Harvard fait rêver. Et je sais que Harvard fait de son mieux aider et s’engager pour remédier aux désordres du monde.

Mais ces risques commencent à toucher également les classes moyennes qui se sentent fragilisées, et pour certaines paupérisées. Si la mondialisation doit se solder par la disparition des classes moyennes ou par l’affrontement entre les plus pauvres et la minorité des plus riches, alors il est temps de réagir. Une société vit dans la diversité. Une société vit dans l’équilibre. Aucun peuple ne supporte durablement les inégalités croissantes.

Ce qui est vrai à l’échelle d’un peuple est vrai à l’échelle de la planète. La mondialisation déstabilise certains pays en voie de développement. Elle fragilise leur économie. Elle avive par conséquent les revendications identitaires et religieuses. Elle menace les ressources naturelles et l’équilibre de la planète.

Voici le monde dans lequel nous vivons : un monde plus complexe et plus instable que jamais. Ce désordre mondial n’est ni superficiel, ni temporaire. Il entretient des déséquilibres profonds.

Déséquilibres économiques et démographiques, d’abord, qui provoquent des flux migratoires de plus en plus massifs. C’est un défi majeur, non seulement pour les pays développés, mais aussi pour les pays du sud eux-mêmes, confrontés au risque de perdre une part importante de leur jeunesse, parfois la plus qualifiée, ou menacés d’instabilité par le passage d’immigrés de plus en plus nombreux. C’est pourquoi il est si important de construire avec ces pays des partenariats permettant de mieux contrôler les flux migratoires en promouvant activement le co-développement. Ne négligeons pas non plus l’importance de nouveaux enjeux stratégiques comme la lutte contre les pandémies, la protection des biens publics mondiaux, la sécurité énergétique, l’accès aux ressources naturelles, en particulier l’eau.

Le désordre mondial engendre ensuite des déséquilibres de sécurité. L’aggravation des crises nourrit le terrorisme : l’attentat du 11 septembre a marqué l’entrée dans cette ère nouvelle de l’hyper-terrorisme. La résolution des crises régionales est indispensable à notre sécurité. Nous savons qu’elles nourrissent de manière directe ou indirecte la menace terroriste, comme c’est le cas avec l’Iraq, mais également avec le confli israélo-palestinien.

Enfin, le désordre mondial provoque des déséquilibres de puissance qui remettent en cause le régime de prolifération.

Aujourd’hui, la prolifération nucléaire menace de franchir un nouveau seuil. Les tentations sont nombreuses : elles sont stratégiques, pour des Etats qui cherchent à sanctuariser leur territoire ; elles sont politiques, car acquérir la bombe reste perçu comme un élément de statut sur la scène internationale ; elles sont économiques, pour les réseaux qui en tirent des profits importants.

Face à cette situation, les instruments internationaux sont aujourd’hui insuffisants. Ils restent des piliers essentiels de la paix et la sécurité collective dans le monde. Mais ils se heurtent aussi à la difficulté des contrôles et à l’insuffisance même des normes. Nous devons les préserver et les renforcer. La pérennité du système international de non-prolifération et de sécurité repose sur sa crédibilité : ceci suppose une capacité d’adaptation permanente face aux défis auxquels nous sommes confrontés.

Face à ce désordre mondial, nous avons le choix : soit nous entretenons la concurrence entre nos Etats, soit nous nous engageons résolument sur le chemin de la coopération. La concurrence entre nos Etats n’est dans l’intérêt de personne. La seule voie possible, c’est la coopération.

2. Dans cette marche vers un nouvel ordre mondial, les Etats-Unis, la France et l’Europe ont plus de devoirs que les autres.

Pourquoi ? Parce que nous sommes des démocraties porteuses d’universalisme. Parce que nous sommes des pays riches. Mais aussi parce que nous avons des intérêts communs : faire avancer la société internationale, partager notre engagement avec toujours davantage de pays.

Nous avons d’abord le devoir de travailler ensemble.

Car nos destins sont liés, notre amitié est profonde.

Nos histoires s’enchevêtrent, de Yorktown à Omaha Beach, de Rochambeau et Lafayette défendant l’indépendance américaine, au plan Marshall permettant à l’Europe libérée de renouer avec la prospérité et la démocratie. Aujourd’hui nous sommes de nouveau réunis pour défendre nos valeurs et notre mode de vie, en particulier face à la menace terroriste.

L’Europe est le seul allié global des Etats-Unis.

C’est vrai sur le plan politique. Ce qui nous rapproche est plus fort que ce qui nous divise. Nous partageons les valeurs fondamentales : la démocratie, les droits de l’homme, une même conception de la place de l’individu dans la société.

C’est vrai sur le plan économique : l’Europe est la première destination des investissements américains et le premier investisseur aux Etats-Unis.

C’est vrai aussi dans le domaine de la sécurité : notre coopération dans le domaine du renseignement est aujourd’hui exemplaire.

A nous de construire un partenariat d’égal à égal. L’intérêt de l’Europe, ce sont des Etats-Unis puissants mais ouverts. L’intérêt des Etats-Unis ce n’est pas une Europe soumise, c’est une Europe forte, plus responsable. Elle est pour eux un partenaire et non un rival. C’est lorsque nous agissons ensemble que nous sommes efficaces. Nous le voyons sur le dossier libanais : de l’adoption de la résolution 1559 à la résolution de la crise de l’été dernier, c’est bien notre action conjointe qui a été au cœur des solutions.

Pour y parvenir, chacun a un effort à faire.

Aujourd’hui, l’Europe n’assume pas toute sa responsabilité politique. Je vois aujourd’hui deux exigences absolues pour l’Europe.

La première, c’est de rétablir un véritable projet commun et d’adopter un nouveau texte fondateur.

La deuxième exigence pour l’Europe, c’est d’assumer son rôle de puissance militaire. Autant la force seule est désastreuse, autant la politique sans la force est vaine. L’Europe de la défense n’est pas un substitut à l’Otan. En la renforçant, nous renforçons les capacités de l’Europe à contribuer à la sécurité du monde et à prendre sa part du fardeau : nous l’avons vu en République démocratique du Congo, l’année dernière, quand l’Europe a assuré la sécurité des élections et contribué ainsi à la stabilité de ce pays-clé du continent. Inversement, l’ajustement du rôle de l’Otan, indispensable depuis la disparition de l’Union soviétique, doit laisser toute sa place à l’affirmation de la défense européenne.

L’Amérique, pour sa part, doit mieux prendre en compte la réalité du monde.

Les dernières grandes crises nous l’ont montré : dans un monde où les conflits sont asymétriques, quelques mois de campagne militaire peuvent être suivis d’interminables années de crise. L’outil militaire doit plus que jamais s’inscrire dans une stratégie de paix avant tout politique, bien entendu. Nous ne croyons pas que la démocratie puisse s’imposer par la force.

La vraie force des Etats-Unis, ce n’est donc pas son armée. C’est sa capacité à incarner le progrès et la modernité, c’est sa maîtrise des technologies de pointe, c’est l’attractivité de son territoire et de sa culture aux yeux du reste du monde. Ce doit être, plus encore, sur le plan diplomatique, une capacité d’influence renouvelée, pour partager avec toujours plus de pays son exigence démocratique. C’est en construisant un consensus par le dialogue, c’est en faisant accepter par le plus grand nombre d’Etats nos choix politiques que les chances de succès sont les plus grandes. Oui, la forme moderne de la puissance, c’est à la fois l’influence et la capacité de faire ensemble. Entraînons les autres. Montrons que nous pouvons être force de proposition et de conviction. Il n’y a plus de puissance en soi. Il n’y a de puissance qu’organisée et partagée.

Pour être efficace, notre coopération doit être au service d’une gouvernance mondiale qui donne sa place à chacun.

Nous sommes deux nations qui partageons des valeurs humanistes et une même aspiration à l’universel. Nous devons être exemplaires. Soyons les pionniers d’une nouvelle éthique internationale, défendons des principes forts.

Tout d’abord, le respect du droit, y compris dans la lutte contre le terrorisme car la sécurité est inséparable, dans la durée, de la justice. Les frustrations et les inégalités nourrissent les conflits : la meilleure réponse des démocraties au terrorisme est dans la fidélité à leurs valeurs.

Deuxième principe : le respect des identités. Elles sont au cœur de toutes les crispations. Leur meilleure prise en compte est une condition morale mais aussi de notre sécurité.

Enfin, troisième principe : l’exigence de l’encadrement de la force par le droit et le primat de la sécurité collective. C’est à cette condition seulement que la légitimité de l’action peut être assurée et qu’une solution durable aux crises peut être envisagée. Nous venons de le voir au Liban : c’est en s’appuyant sur une résolution des Nations unies, avec l’accord des parties et l’appui de l’ensemble des membres du conseil de sécurité, que la Finul renforcée a pu engager une présence efficace au Liban.

C’est forts de ces principes que nous pourrons refonder une gouvernance internationale plus efficace, à travers un multilatéralisme rénové. C’est vrai dans le domaine politique.

Cela implique des organes de décision plus représentatifs. Je reste convaincu, en particulier, que l’élargissement du Conseil de sécurité est indispensable au renforcement de sa légitimité : mieux prendre en compte le poids du Japon, de l’Allemagne, des grands pays émergents, de l’Afrique, c’est une garantie que nos décisions collectives seront mieux acceptées de tous.

Cela implique aussi des organes de décision plus mobilisés dans la gestion de crise. Je pense qu’il serait utile d’avoir au niveau ministériel une réunion mensuelle des membres du conseil de sécurité pour apporter des réponses aux crises actuelles.

Nous devons, plus largement, disposer d’instruments à la hauteur des enjeux.

Les Nations unies ont besoin d’un véritable bras armé pour le maintien de la paix : près de 100 000 casques bleus sont déployés aujourd’hui à travers le monde. Il faut que le secrétariat des Nations unies, comme pour toutes les armées du monde, dispose d’un Etat-major permanent. A terme, nous devons avoir pour objectif une véritable armée des Nations unies.

C’est ainsi que la communauté internationale pourra assumer pleinement les responsabilités collectives qui s’imposent à elles. Pour prévenir les drames humanitaires et faire face à l’urgence, nous devons mettre en œuvre la "responsabilité de protéger" que la France a fait consacrer aux Nations unies. Je pense en particulier à la tragédie du Darfour qui menace aujourd’hui d’emporter toute l’Afrique de l’Est, et peut-être au-delà, dans un conflit destructeur et dangereux.

Ces principes, nous devons également les appliquer au domaine de l’économie et du développement afin d’humaniser la mondialisation.

Au niveau mondial : c’est en ce sens que j’ai proposé la création d’un Conseil économique mondial, afin de mieux organiser le dialogue entre les grandes instances économiques internationales afin d’y mettre de la cohérence et une ambition commune : celle d’un système d’échanges plus équitable. Pour tenir les objectifs du Millénaire, dans les domaines de la santé, de l’eau, de l’éducation, des infrastructures, nous devrons aussi aller beaucoup plus loin dans la mise en place de financements innovants qui, seuls, permettront de procurer les ressources que nous n’obtiendrons jamais des budgets des Etats. C’est ce que la France a fait avec la contribution de solidarité sur les billets d’avion, dont elle souhaite faire un exemple et un précédent. Cette expérience pilote mérite d’être étendue. C’est une question de respect, de dignité et de justice.

Au niveau européen : l’Europe est aujourd’hui le premier pourvoyeur d’aide. C’est elle qui dispose de la plus longue expérience de coopération en particulier en Afrique. Nous voulons aujourd’hui aller plus loin. Dans le domaine de la paix et de la sécurité, qui sont le préalable au développement, l’Europe a mis en place une facilité européenne pour la paix, qui lui permet notamment d’être le premier contributeur pour le financement de la force de l’Union africaine (AMIS) au Darfour. Dans le domaine commercial, la France souhaite que les nouveaux accords de partenariat économique entre l’Europe et les pays en développement, en Afrique en particulier, servent bien leurs intérêts. A nous de tenir compte des spécificités des pays concernés. A nous de les aider à se rapprocher des règles de l’OMC.

3. Il y a une urgence absolue dont dépend l’équilibre mondial, c’est un règlement collectif des crises au Moyen-Orient.

Le Moyen-Orient est aujourd’hui traversé par un ensemble de crises et de lignes de fractures qui menacent de se rejoindre. Elles allient tous les facteurs d’instabilité : guerres civiles et régionales, terrorisme, risque de prolifération, déplacement de populations réfugiées. Construire une paix durable dans cette région, cela doit être notre première priorité.

Ne nous trompons pas : les différentes crises qui se jouent au Moyen-Orient ont leur logique propre mais elle sont liées. Parce qu’elles ont leur logique propre, nous devons les traiter séparément. Parce qu’elles sont liées et pourraient l’être plus encore, nous devons les traiter simultanément. Le risque est en effet que ceux qui n’ont pas intérêt à la paix les instrumentalisent, établissent de nouveaux liens entre elles et les rendent encore plus dangereuses pour la communauté internationale.

C’est pourquoi je voudrais vous faire part ici de quelques pistes de réflexion, en commençant par le conflit israélo-palestinien. Dans ce conflit, les principes et les éléments d’une solution sont clairs : le renoncement à la violence, la création de deux Etats vivant en paix et en sécurité sont et resteront le point de départ de toute démarche viable. Mais pour avancer, nous devons aller plus loin sur trois éléments.

Le premier, c’est l’indispensable réengagement international dans un cadre précis. Car les parties n’y parviendront pas seules. Qu’il s’agisse des Etats-Unis ou de l’Europe, nous ne faisons pas assez.

Gardons le format du Quartet mais donnons-lui une vraie force d’initiative : nous avons besoin le plus rapidement possible d’une conférence internationale qui fixerait avec les parties le cadre d’un règlement, et à laquelle doivent être associés les Etats arabes modérés de la région, en particulier l’Arabie Saoudite, l’Egypte, la Jordanie.

Rétablissons pleinement notre aide aux Palestiniens. Ce que l’Europe fait actuellement avec le mécanisme international temporaire ne peut être une solution durable. Nous devons reprendre l’assistance directe au gouvernement palestinien d’union nationale dès que celui-ci sera investi. Nous devons reprendre également l’aide à des projets de coopération, afin de recréer les conditions d’un véritable développement.

Fixons également un calendrier. Ce dernier doit inclure des éléments de court terme, pour permettre de rétablir la confiance en montrant la bonne foi de chacun : libération du caporal Shalit, rétablissement des reversements de taxes par Israël au profit des Palestiniens, arrêt des tirs de roquettes. Il doit également fixer un cap pour le moyen terme : proposons ensemble aux Palestiniens et aux Israéliens un horizon fixe pour la création de l’Etat palestinien. C’est autour de cette date, qui doit être assez rapprochée, que se mettra ainsi en place une vraie dynamique politique. La communauté internationale pourrait apporter des garanties pour la sécurité d’Israël, avec une force internationale en échange du retrait israélien de Cisjordanie.

Le deuxième élément, c’est la nécessité de mieux prendre en compte les réalités du terrain : il faut aider Mahmoud Abbas et donner une chance aux partisans de la paix en facilitant les évolutions au sein du Hamas. C’est pour cela, par exemple, que la France soutient l’accord de la Mecque sur un gouvernement palestinien d’union nationale. J’avais, parmi les premiers, rappelé les trois principes du Quartet après les élections palestiniennes de 2006 et nous resterons vigilants sur la composition et l’action de ce gouvernement. Mais l’essentiel est bien de lancer et de faire vivre un processus qui fasse évoluer le Hamas et le conduise à accepter ces trois principes.

Le troisième élément, c’est la création d’une dynamique régionale. Cela suppose la stabilisation de l’environnement immédiat d’Israël et de la Palestine, c’est-à-dire des avancées avec le Liban et la Syrie. Un Liban souverain, aux frontières stables et contrôlées, est une garantie de sécurité pour toute la région. La Syrie doit prendre ses responsabilités et faire les gestes nécessaires envers la communauté internationale. A nous de lui donner alors toute sa place, notamment dans le cadre du partenariat rénové avec l’Europe. Un règlement global et durable devra par ailleurs inclure le volet israélo-syrien du conflit, conformément aux résolutions du Conseil de sécurité.

En Irak, la situation est trop dégradée pour espérer une issue immédiate. Mais il serait encore plus dangereux de ne pas se fixer, là encore, un cadre de sortie de crise. Pour ma part, ce cadre doit comprendre deux volets.

Tout d’abord, nous devons être clairs sur un calendrier de retrait des troupes étrangères. Celui-ci devrait intervenir, à mon sens, d’ici un an, pendant l’année 2008. C’est la condition pour que les Iraquiens sentent que leur avenir est entre leurs mains et s’engagent sur la voie d’un retour à la souveraineté nationale. Pour enrayer la spirale de l’échec, il faut commencer par rétablir une vraie perspective politique.

Le deuxième volet, c’est une triple mobilisation pour faire aboutir cette perspective politique : une mobilisation des Iraquiens eux-mêmes, d’abord, qui doivent engager l’indispensable réconciliation nationale, notamment en proposant à tous ceux qui renoncent à la violence de participer au pouvoiret en menant à son terme le processus de réforme constitutionnelle. Une mobilisation des Etats de la région, de la Turquie à l’Iran, de la Syrie aux Etats du Golfe, en soutien de ce processus et afin de veiller au maintien de l’intégrité territoriale de l’Iraq. Une mobilisation internationale, enfin, avec le moment venu, une conférence internationale. Les Etats-Unis devront y jouer un rôle central, bien sûr. Mais l’Europe devra également prendre alors ses responsabilités.

Enfin, la vision d’ensemble qu’exige cette région demande une pleine prise en compte de l’enjeu iranien, qui n’est pas que de prolifération.

Un Iran doté d’une capacité nucléaire militaire est inacceptable. Mais cette crise trouve aussi ses racines dans la volonté iranienne d’affirmer sa puissance régionale, sa fierté nationale et son souci de sécurité : c’est pourquoi la solution ne peut être militaire. Elle passe au contraire par la reconnaissance du rôle de l’Iran dans la région et par la mise en place entre tous les pays de la zone d’un processus de stabilité qui permette le dialogue et garantisse la paix et le développement économique.

C’est pourquoi la démarche dont nous avons pris l’initiative est politique, en alliant le dialogue et la fermeté. C’est le sens de la résolution 1737, adoptée fin décembre aux Nations unies, à l’unanimité : les sanctions décidées répondent au refus iranien de suspendre ses activités nucléaires sensibles. Si l’Iran fait le geste de suspendre l’enrichissement, le conseil pourra suspendre les sanctions. La voie du dialogue reste ouverte et, pour nous, la priorité.

Dans cette nouvelle phase, le maintien de l’unité de la communauté internationale est essentiel : c’est un acquis du travail engagé depuis quatre ans par les Européens. C’est plus que jamais la condition de la légitimité de notre action et donc de son efficacité à long terme. Les Etats-Unis ont un rôle majeur à jouer pour sortir de la crise. Ma conviction est que cela passera, le moment venu, par l’engagement d’un vrai dialogue bilatéral avec Téhéran.

Mesdames, Messieurs,

Dans le monde profondément nouveau qui est en train de se dessiner, nous avons besoin d’une diplomatie résolument nouvelle.

Jamais l’instabilité n’a été aussi grande. Jamais les menaces n’ont été aussi fortes. Mais jamais peut-être les solutions n’ont été aussi proches.

Aujourd’hui, la diplomatie doit donc être une diplomatie d’action et de résultats. La diplomatie ne peut plus être fondée seulement sur le "hard power" et sur la force. Elle ne peut pas non plus être fondée seulement sur le "soft power", le pouvoir d’influencer et de convaincre. La diplomatie doit désormais s’appuyer sur le "building power" : la bonne volonté, l’imagination, et la solidarité.

Oui, les Etats-Unis et l’Europe ont une responsabilité particulière pour construire des solutions durables aux défis de notre temps. Appuyons-nous sur les liens d’amitié entre nos deux nations pour apporter des réponses attendues par les peuples. Plaçons la relation transatlantique au service d’un nouvel ordre mondial qui donne sa place à chacun. Faisons ensemble œuvre de bâtisseurs pour avancer vers plus de paix et vers plus de justice.

Je vous remercie.

 

Introduction du Professeur Stanley Hoffmann

C’est pour moi un très grand plaisir de présenter Monsieur de Villepin, et ce n’est pas là seulement une formule. J’ai rencontré quelques hommes d’Etat dans ma vie, et il n’en est pas un que j’estime plus que lui. Sa vie professionnelle inclut une carrière brillante de diplomate. Il a exercé ses compétences à des postes très intéressants, y compris plusieurs années à Washington dans les années 80, de 1984 à 1989. Il a été deuxième conseiller à l’Ambassade de France à New Delhi. Lui-même est né au Maroc et a passé une partie de sa jeunesse en Amérique latine, et il constitue un exemple formidable de quelqu’un qui est à la fois un patriote intense - on n’est pas Gaulliste pour rien - et un cosmopolite.

La seconde raison pour laquelle j’ai beaucoup d’affection pour lui - affection est le terme - est que si vous lisez ses discours, vous y trouverez les discours les plus éloquents et les plus émouvants sur les bienfaits de la diversité culturelle, sur la nécessité qu’ont les différentes cultures et continents de préserver leurs valeurs et leurs traditions, et sur l’obligation que les pays qui se considèrent plus avancés économiquement, plus anciens, ou autre, ont de non seulement respecter cette diversité, mais aussi d’apprendre à connaître les autres autant que possible afin d’éviter les humiliations, l’ignorance ou l’incompréhension de ce qui s’y passe. Ce n’est pas là une vertu qu’on retrouve tous les jours. Pas de commentaires. [rires]

La troisième raison pour laquelle je veux saluer la présence de M. de Villepin ici aujourd’hui tient au fait qu’au début de la désastreuse affaire d’Irak, il a prononcé un discours au Conseil de sécurité des Nations unies dont beaucoup d’entre nous se souviennent avec émotion. C’était un beau discours, et, de nombreuses façons, un discours prophétique. Mais c’était avant tout, je crois, une acte d’amitié envers les Etats-Unis, un acte que l’Administration de Washington a, dans sa stupidité, très mal interprété. Et permettez-moi de profiter de cette occasion pour rendre hommage à l’homme qui a dû traverser cette période sans jamais perdre son sang froid, l’Ambassadeur de France, Monsieur Jean-David Levitte, qui est parmi nous aujourd’hui [applaudissements], et qui a été le parfait diplomate. Et également - où est-il ? - le Consul général de France - oui, vous voilà - Monsieur François Gauthier. [applaudissements] Monsieur Gauthier n’est pas seulement Consul général, mais il est aussi maintenant un habitué de Harvard, puisqu’il a été Weatherhead Fellow pour quelques temps. Et je ne voulais pas oublier ceux deux hommes.

Mais c’est aujourd’hui l’après-midi de M. de Villepin. C’est un homme qui, comme vous le savez, n’est pas seulement un homme d’Etat, mais il est également - rien de très surprenant en France, mais chose plus rare aux Etats-Unis, ce qui n’est pas une critique - un intellectuel. [rires] En fait, l’une des choses auxquelles il est excelle est à écrire des livres. Et il a écrit des livres sur la poésie, sur l’état de la France, et sur l’histoire, y compris un livre sur Napoléon, ce qui permet maintenant à tous ceux qui n’ont pas lu le livre de l’appeler un bonapartiste. C’est ce qui arrive si vous écrivez. Il y a une expression en français qui dit "n’écrivez jamais" - "never write" - c’est le meilleur moyen de ne pas être mal compris.

C’est en tous les cas un très, très grand plaisir de l’accueillir ici à Harvard. L’amener ici est un objectif que certains d’entre nous ont eu depuis des années. Et je pense que, comme les étudiants le disaient en 1968, "ce n’est qu’un début" - "it’s only a beginning". Merci d’être venus si nombreux, et écoutons maintenant M. de Villepin.

 

Question

Je m’appelle Tafik Rahim. Je suis étudiant ici à la Kennedy School et je viens du Canada. M. le Premier ministre, merci pour votre intervention aujourd’hui et pour votre appel à un nouvel ordre mondial. Avant de poser ma question, permettez-moi de souligner que j’espère qu’après vos déclarations sur le conflit israélo-palestinien, vous allez travailler avec le reste de vos collègues européens pour reconnaître le gouvernement démocratique de Palestine et sa légitimité, et amener le Quartet à cette conclusion également. Ma question a trait à votre analyse du désordre du monde et au respect des différentes identités. Je me demande comment vous voyez ces deux choses dans le contexte de votre situation interne en France, et le rôle que le désordre et, parfois, la non-reconnaissance des différentes identités jouent et ont joué dans le mouvement que nous avons vu se dérouler en France ces deux dernières années. Je veux parler plus spécifiquement du sentiment d’exclusion économique qui touche de nombreuses banlieues. Je veux parler de ce sens de non-participation ressenti par de nombreuses communautés immigrantes, et en quelque sorte le manque de capacité à avoir une identité musulmane en France et à l’exprimer.

Dominique de Villepin C’est une question difficile, mais très importante. Et chaque pays doit trouver une réponse prenant en compte sa propre histoire. L’histoire française est très spécifique, parce qu’à l’époque moderne, tout a commencé en France par une révolution [rires]. Et avec cette révolution, nous avons pris une position très importante, qui est de dire que chaque homme, quelle que soit sa couleur de peau, quelle que soit sa religion, a une valeur universelle. Et cela nous a mené à bâtir une République dans laquelle nous reconnaissons seulement les citoyens, et non les communautés.

Je fais donc une différence importante entre les communautés et l’identité. Je pense qu’il est très important de garder la partie universelle de chacun d’entre nous, intacte. Et nous avons toujours considéré en France que reconnaître les communautés, c’était ôter quelque chose à la République. Nous considérons donc que chacun doit être reconnu pour soi-même, et non parce qu’il appartient à un groupe religieux ou ethnique. Cela nous amène à un défi particulièrement difficile, et la situation est bien sûr très différente de celle du Royaume-Uni ou des Etats-Unis. Mais je pense qu’il est très important, au bout du compte, que ceci crée des droits, bien entendu, pour chaque citoyen du pays, mais cela crée aussi des devoirs pour chacun d’entre eux. C’est pourquoi nous avons décidé de voter une loi sur les signes religieux à l’école qui ne permet pas de montrer sa croyance religieuse dans les écoles. Nous avons l’impression que nous entrerions dans le domaine des communautés si nous acceptions par exemple que les jeunes musulmanes aillent à l’école avec un voile. Je pense que la position que nous avons prise est culturellement très importante, et que nous devons la garder.

Sur le plan économique, cela suppose, évidemment, que nous puissions donner une deuxième chance à celui qui a débuté dans notre société à une position difficile, venant de l’étranger ou venant de quartiers défavorisés sans trouver la voie pour s’intégrer dans la société. Cela signifie faire un effort spécial, mais pas ce que nous appellerions la discrimination positive. Nous devons donner une nouvelle chance et faire en sorte que la société se mobilise afin de trouver la bonne réponse pour chacune de ces personnes. Le problème est donc le suivant : comment pouvons-nous rester fidèles à nos valeurs, à notre vue de la République universelle, et en même temps trouver des réponses personnelles et collectives pour chaque cas dans notre République. Cela signifie que chaque citoyen de ce pays doit croire qu’il fait partie de la solution. Il doit être motivé à trouver la bonne solution. Et bien sûr, quand vous vous trouvez face à des difficultés économiques, il peut être plus difficile pour certaines personnes d’accepter de participer à ces jeux, d’accepter ces règles, mais je pense qu’il est important dans nos sociétés de s’assurer que ces valeurs communes et universelles soient au cœur de notre système car elles constituent les meilleures réponses que nous pouvons aux attaques venues de l’extérieur, à l’islamisme par exemple, ou à toute attitude radicale. Je pense donc que chaque pays suit sa propre voie, mais il est très important pour nous de rester fidèle au chemin de la République universelle.

Question Bonsoir Monsieur le Premier ministre. Je m’appelle Lyane Couri, je viens de Syrie, et je suis en première année à Harvard. Vous avez parlé de possibles négociations avec la Syrie au sujet du problème libanais et de la question iraquienne. J’ai été éduquée au lycée français d’Alep, et je me demandais comment vous pensez que nous pourrons y arriver : est-ce qu travers des écoles, des organisations... ? Comment peut-on faire en sorte que la Syrie, et pas seulement la Syrie, négocie et travaille avec le reste du monde ?

Dominique de Villepin Et bien, je crois que vous avez raison : ce n’est pas seulement le problème de la Syrie, mais le problème du Proche-Orient dans son ensemble, et je pense que nous avons aujourd’hui une nouvelle situation dans la région. Ces dernières années, le nombre de crises a augmenté. Il y a cinq ans, il n’y avait qu’une crise au Proche-Orient : le conflit israélo-palestinien. Aujourd’hui nous en avons quatre : l’Iraq, le Liban, le Liban et la Syrie, et Israël et les territoires palestiniens. Quatre crises : si l’on ne s’en occupe pas, ces quatre crises vont devenir demain une seule et grande crise au centre des problèmes du monde.

Plusieurs développements très positifs ont eu lieu au cours de ce dernier mois. Le premier est le fait que de nombreux pays arabes sont aujourd’hui prêts à s’impliquer dans un processus de paix. Je pense que l’attitude de l’Arabie Saoudite, par exemple, de l’Egypte, de la Jordanie, qui essaient de favoriser une meilleure compréhension parmi les Palestiniens, parmi les Libanais, montre qu’ils comprennent que s’ils ne font rien, alors la coupure entre d’un côté les radicaux et de l’autre les modérés va créer une situation très, très difficile à gérer. Je pense donc que de plus en plus de pays comprennent que s’ils n’agissent pas de façon positive, s’ils ne prennent pas dans leurs mains le futur de la région, il devront faire face à des temps difficiles.

Et je crois que la Syrie peut comprendre qu’il pourrait être difficile de faire face à une situation de chaos en Iraq, une situation de grandes difficultés au Liban, et d’absence de perspective pour la région. Au bout du compte, il pourrait être difficile pour eux de traiter avec une situation aussi complexe. Je pense donc que le problème est donc de savoir comment nous pouvons réintégrer tous ces pays différents, l’Iran, la Syrie, en s’assurant qu’ils comprennent qu’ils ont des obligations, qu’ils doivent se conformer à leurs obligations internationales, et en leur faisant aussi comprendre qu’ils peuvent y trouver un avantage certain à se comporter d’une façon différente.

Bien sûr, la Syrie va avoir un intérêt économique certain pour les Syriens, un intérêt politique très fort, et un intérêt social à faire partie du jeu de la région et à décider de ne pas regarder seulement leurs propres problèmes, mais de regarder la région et d’interagir collectivement non seulement avec les grands pays, mais aussi avec les pays de la région. Je pense donc que nous sommes peut-être à un moment charnière, si nous parvenons à faire comprendre à tous ces pays et ces peuples que quelque chose doit être fait. Si nous ne le faisons pas, les groupes plus radicaux seront les vainqueurs dans la région. Je pense donc que la responsabilité devrait être présente, et nous devons vraiment essayer de profiter de cette prise de conscience qui se produit dans la région aujourd’hui. Je pense donc que s’il y a certaines raisons d’être pessimiste sur l’avenir du Moyen-Orient, nous avons également aujourd’hui des opportunités qui s’offrent à nous et qui doivent nous permettre d’envisager l’avenir d’une façon différente.

Question M. le Premier ministre, merci d’être parmi nous. Je m’appelle Eric Maltheim, et je suis en deuxième année à la Kennedy School. Je travaille actuellement sur ma thèse, qui porte sur le chômage en France [rires]. L’un des éléments que vous avez mentionnés est l’idée d’avoir une République universelle, où chacun est membre de la nation et pas uniquement d’une certaine communauté. Mais comme vous le savez, il y a certaines communautés qui connaissent des problèmes de chômage beaucoup plus prononcés que d’autres. Quelle est votre solution ou quelles sont vos idées pour résoudre cette disparité ?

Dominique de Villepin Et bien j’espère que, tout d’abord, dans quelques mois ou quelques années, vous n’aurez plus aucune raison d’écrire une thèse sur un tel sujet. Nous avons travaillé très dur sur ce sujet. Quand je suis arrivé il y a deux ans, le chômage était à 10,2 % ; il est aujourd’hui à 8,4 %, et nous espérons passer sous les 8 % à la fin de l’année. Mais nous faisons toujours face à des difficultés majeures : les jeunes, le problème des seniors, des gens au-dessus de 50 ans, le problème des femmes, qui sont tous des problèmes très spécifiques sur le marché du travail.

Ma conviction est qu’il n’y a pas juste une seule raison, mais de très nombreuses raisons, et il y a la difficulté de la France à s’adapter aux nouvelles règles de l’époque actuelle, qui est la mondialisation. Et ceci signifie que nous devons être très pragmatiques dans l’utilisation des différents instruments qui peuvent nous aider à obtenir un meilleur résultat. Le problème est que, en France, nous devons faire face à une situation dans laquelle une grande partie de la société a peur de prendre des décisions radicales. Ils ont peur que le système social traditionnel change trop, et qu’ils puissent se retrouver dans une situation où ils n’auraient aucune protection. Nous devons donc prendre les mentalités en compte, la façon dont les gens pensent et les réalités de l’histoire.

Nous sommes un pays spécial, où le niveau de protection est élevé, le rôle de l’Etat est traditionnellement important, et quand les choses ne vont pas bien, les gens disent : "que fait l’Etat ? Que fait notre Gouvernement ?" . Ici, ils disent "je vais faire face à cette situation par moi-même". En France, ils croient que la première responsabilité est celle de l’Etat. Je pense que nous ne devons pas couper brutalement avec cette tradition, mais plutôt adapter notre système progressivement, et pour cela nous devons procéder d’une façon graduelle, et nous voulons être sûrs que tout le monde va soutenir les réformes, ce qui est très difficile car de temps en temps, vous voulez aller vite, vous voulez prendre un raccourci, et parfois vous avez tort car vous vous retrouvez avec tout le monde dans la rue.

C’est donc une question de contexte, de situation. Je pense qu’il peut y avoir de meilleurs moments pour réaliser des réformes importantes, juste après une élection présidentielle par exemple [rires]. Mais je pense en tous les cas que nous devons trouver un consensus dans lequel tout le monde comprend que si nous voulons avoir plus d’emplois, nous n’avons pas besoin de travailler moins pour que les autres aient une petite part. Au contraire, nous devons tous travailler plus pour obtenir plus de marchés et plus de compétitivité [applaudissement]. Cela fait partie d’une transformation importante, d’une révolution des esprits. Et c’est, je le crois, une nécessité qui doit être préparée. Et afin de la préparer, nous devons forcer le pays à regarder de plus près ce que font les autres pays, à regarder plus à l’extérieur, à regarder les expériences différentes, à regarder à ce que font les Allemands, les voisins, et tous les pays. Comparer les différentes possibilités.

Bien sûr, cela pourrait être plus facile si la croissance était plus élevée dans notre pays. Nous sommes à environ 2 % aujourd’hui. Avec une croissance de 3 %, il est plus facile de réaliser ces transformations parce que les gens ont plus confiance, ils regardent l’avenir d’une meilleure façon. Je pense donc que nous devons obtenir cette bonne conjoncture qui nous permettra d’avancer, de prendre les bonnes mesures, et de changer significativement le système, mais en gardant à l’esprit que nous avons un système très spécifique, qui inclut un bon compromis entre la protection sociale et l’initiative. Nous devons l’améliorer, mais pas transformer radicalement le système.

Question Christian Marquant, étudiant de mi-carrière à la Kennedy School. Je pense également que notre système est vieux : il n’est pas seulement spécifique, il est vieux. Et je pense que, dans une certaine mesure, le système américain, même s’il est beaucoup plus jeune que le notre, est vieux de certaines façons. Et ces systèmes ne sont peut-être pas, par définition, les plus faciles à transformer. Vous avez mentionné la possibilité d’une nouvelle éthique internationale. Que penseriez-vous de la possibilité d’une nouvelle éthique à l’intérieur de nos frontières ? Vous avez dit que, dans la sphère internationale, transformer le système en entier est parfois plus facile. Peut-on envisager la possibilité d’un jour où notre système pourrait réellement changer, et où nos valeurs pourraient vraiment être vivantes : liberté, égalité, fraternité ?

Dominique de Villepin Je pense que dans une démocratie, c’est un combat de tous les jours. La liberté n’est pas quelque chose que vous obtenez pour toujours. Et l’égalité n’est pas quelque chose que vous pouvez considérer avoir atteint, et voilà. Et il est vrai que dans notre pays, comme dans toute démocratie ancienne, nous nous habituons aux situations, et nous devons vraiment être convaincus que nous devons nous adapter tous les jours.

Si vous prenez la liberté, c’est vrai que si vous voulez innover, si vous voulez créer, si vous voulez avoir l’impression que vous donnez le meilleur de vous-même, vous devez avoir un système qui vous aide. Si vous avez une idée, si vous voulez créer une entreprise, ce doit être facile. Bien sûr, dans une France traditionnelle, avec un Etat lourd, c’était très difficile par le passé. Cela devient plus facile. Mais c’est une chose sur laquelle nous devons travailler, et nous devons y travailler avec beaucoup d’humilité. Je crois que l’égalité est l’un des facteurs-clés du changement en France, parce que l’égalité est souvent vue comme un synonyme de jalousie. Nous sommes prêts à ne pas avoir plus si le voisin n’a pas plus. C’est une perversion du système. Nous devrions vivre dans un pays où tout le monde pourrait atteindre le sommet, tout le monde pourrait avoir une vie différente s’il fait les bons choix, et travailler et récolter les fruits de son travail.

Peut-être y a-t-il une sclérose dans de nombreuses parties de notre société. C’est pourquoi je crois que nous devrions continuer à aider ceux qui en ont besoin, principalement les jeunes, ceux qui n’ont pas les mêmes chances que les autres. Notre système universitaire, notre système des Grandes Ecoles dit s’ouvrir, et je crois que la mondialisation nous permet d’avoir des contacts, des échanges, d’ouvrir notre système, et cela va, je le pense, changer la mentalité des gens. Je ne suis donc pas pessimiste sur la possibilité de faire ceci. Je ne pense pas que les choses sont meilleures dans les autres pays. Je pense qu’afin de garder ce qui est bon dans notre pays, nous devons aussi nous ouvrir aux différences, et c’est pourquoi je crois que nous devons aussi rester fidèles à quelque chose qui est une tradition importante de notre pays : sortir, partager nos valeurs avec les autres, avoir un sens et un esprit d’initiative et d’aventure. C’est aussi ça, l’esprit français. Je pense que nous devrions vraiment développer cela dans notre pays.

(...) voir sur la suite le site du premier ministre 

http://www.premier-ministre.gouv.fr/acteurs/interventions_premier_ministre_9/acteurs/gouvernement/premier_ministre_m146/

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Samedi 17 mars 2007
Dominique de Villepin, qui soigne sa stature internationale aux Etats-Unis, a plaidé vendredi à Harvard pour l'émergence d'une "véritable gouvernance mondiale", passant notamment selon lui par "un partenariat d'égal à égal" entre les Etats-Unis et l'Europe.
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Samedi 17 mars 2007
CAMBRIDGE, Massachusetts (AP) - Dominique de Villepin a souhaité vendredi que la communauté internationale rétablisse son aide directe au nouveau gouvernement palestinien dès son investiture par le parlement.

«Nous devons reprendre l'assistance directe au gouvernement palestinien d'union nationale dès que celui-ci aura été investi», a déclaré le premier ministre français dans un discours à l'université de Harvard.

Il a également souhaité une reprise des projets de coopération «afin de recréer les conditions d'un véritable développement». «Il faut aider Mahmoud Abbas et donner une chance aux partisans de la paix en facilitant les évolutions au sein du Hamas», a-t-il dit.

Présentant quelques «pistes de réflexion» pour la paix au Proche-Orient - et non le plan de paix annoncé un peu rapidement par son entourage -, M. de Villepin a plaidé pour un «réengagement international dans un cadre précis». Il a ainsi souhaité qu'une conférence internationale se tienne «le plus rapidement possible» pour «fixer avec les parties le cadre d'un règlement».

Le premier ministre français a invité la communauté internationale à définir un calendrier incluant «des éléments de court terme» pour rétablir la confiance, comme la libération du caporal israélien Gilad Shalit, enlevé en juin dernier dans la bande de Gaza, le rétablissement par Israël des taxes au profit des Palestiniens et l'arrêt par ces derniers de leurs tirs de roquettes sur l'État hébreu, ainsi qu'un «cap pour le moyen terme».

Dominique de Villepin a souhaité que l'Europe et les États-Unis proposent ensemble un «horizon fixe» pour la création «à une date assez rapprochée» d'un État palestinien. Afin d'apporter des garanties pour la sécurité d'Israël, il a proposé qu'une force internationale soit déployée en échange du retrait israélien de Cisjordanie.

Après des mois de négociations, les mouvements palestiniens rivaux du Hamas et du Fatah ont présenté jeudi un gouvernement d'union, immédiatement rejeté par le gouvernement israélien. Ce gouvernement dirigé par le premier ministre Ismaïl Haniyeh, issu du Hamas, sera soumis samedi à un vote de confiance du parlement palestinien.

La communauté internationale a gelé son aide économique à l'Autorité palestinienne depuis la victoire des islamistes du Hamas aux législatives de janvier 2006. L'UE et les États-Unis exigent que le Hamas renonce à la violence, reconnaisse Israël et accepte les accords de paix conclus précédemment entre l'État hébreu et les Palestiniens. L'Union européenne a mis en place un mécanisme temporaire d'aide pour contourner le gouvernement du Hamas.

Source: http://www.corusnouvelles.com/nouvelle-villepin_prone_reprise_rapide-111252-12.html

Presse Québécoise


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Samedi 17 mars 2007

Dominique de Villepin a plaidé vendredi lors d'une conférence à l'université de Harvard pour "une diplomatie résolument nouvelle" fondée sur "l'action" et les "résultats" pour répondre aux changements du monde.

"La diplomatie ne peut plus être fondée seulement sur le 'hard power' et sur la force. Elle ne peut pas non plus être fondée seulement sur le 'soft power', le pouvoir d'influencer et de convaincre. La diplomatie doit désormais s'appuyer sur le 'building power', la bonne volonté, l'imagination et la solidarité", a déclaré le Premier ministre français et ancien ministre des Affaires étrangères, invité par le professeur Stanley Hoffmann à prononcer cette conférence sur "Etats-Unis et Europe, comment faire face à un ordre mondial en mutation".

Celui qui avait dit "non" à la guerre en Irak dans un discours resté célèbre aux Nations unies le 14 février 2003 a rappelé la "responsabilité particulière" des Etats-Unis et de l'Europe "au service d'un nouvel ordre mondial qui donne sa place à chacun".

"Il est temps aujourd'hui que les Etats-Unis et l'Europe regagnent ensemble le respect et l'admiration des autres peuples", a-t-il estimé. Face au désordre mondial, "la seule voie possible, c'est la coopération", a-t-il dit.

Le Premier ministre français a plaidé pour une "gouvernance mondiale qui donne sa place à chacun", plaidant notamment pour un élargissement du conseil de sécurité.

Dominique de Villepin a surtout insisté sur "l'urgence absolue" d'un règlement collectif des crises au Moyen-Orient. Présentant quelques "pistes de réflexion" pour la paix au Proche-Orient -et non le plan de paix annoncé un peu rapidement par son entourage-, il a souhaité que la communauté internationale rétablisse son aide directe au gouvernement palestinien dès son investiture par le parlement, prévue ce samedi.

Au delà, le Premier ministre français a invité la communauté internationale à "fixer un calendrier" incluant "des éléments de court terme" pour rétablir la confiance, comme la libération du caporal israélien Gilad Shalit, enlevé en juin dernier dans la bande de Gaza, le rétablissement par Israël des taxes au profit des Palestiniens et l'arrêt par ces derniers de leurs tirs de roquettes sur l'Etat hébreu, ainsi qu'un "cap pour le moyen terme".

Concernant l'Irak, il a réitéré sa proposition d'un retrait "d'ici un an" des troupes américaines pour "rétablir une vraie perspective politique".

Sur la crise iranienne, il a plaidé pour "l'engagement d'un vrai dialogue bilatéral" entre les Etats-Unis et Téhéran.

Ce voyage aux Etats-Unis, où M. de Villepin a été reçu jeudi à New York par le secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon, a eu lieu à deux mois de son départ de Matignon, et alors que l'on s'interroge sur l'avenir personnel du Premier ministre. Il a déclaré lundi matin en annonçant son soutien au candidat de l'UMP à l'élection présidentielle Nicolas Sarkozy, vouloir servir la France "autrement et ailleurs".

Interrogé sur son avenir professionnel vendredi, M. de Villepin a lancé sur le ton de la plaisanterie: "Je cherche une offre (d'emploi), en avez-vous une"?

"Non, je ne me suis pas encore décidé", a-t-il poursuivi. "Il y a tant de possibilités, tant de projets possibles", a déclaré le Premier ministre, qui s'est dit "ravi" à l'idée de commencer "une nouvelle vie", dans laquelle il compte bien "travailler pour la paix, travailler pour la justice, travailler pour le développement". AP

Source: le Nouvel Obs

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